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18.05.2012

mégaphone !

Prise dans l'Armée noire, il n'a pas fallu se dégonfler...

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Les mots

Il faut racler la gorge avant d’y aller. Tu te présentes raclé. Tu racles en poussant avec le souffle. Tu essayes de le faire quand il y a du bruit autour pour éviter d’irriter ceux qui n’aiment pas les raclements. Tu te rapproches plutôt de ceux qui les aiment. Quand tu t’es bien raclé, que t’as mal au fond tellement t’as plus rien, nu de la gorge en feu, tu te présentes. Personne ne saura toutes les palpitations que tu as à l’intérieur, les palpitations d’être nu raclé à fond parce que personne ne se racle aussi bien que toi.

Raclé tu prononces bien, tu le sais que c’est beau ce que tu dis, que ce sont les bonnes choses, les choses exactes, celles qu’on ne dit pas tous les jours, c’est pas du tout venant ce que tu dis là. Alors les couleurs viennent dans les yeux des gens qui t’écoutent et même dans les yeux de ceux qui ne t’écoutent pas. Y’a de l’attention après un tel raclement, parce qu’on voit bien que tu es venu sans déchets, que tu as pris soin de te présenter bien raclé nu à fond, et ça les mets par terre que t’envoies la sauce, la pure sauce, la pure purée. Tout le monde prend ton état de transparence en pleine figure. Ta raclure est tellement visible. Une belle raclure qui s’offre. Et quand tu t’es offert tout entier, avec la plus grande limpidité qu’il soit, t’as plus qu’à t’accrocher à toi même, à t’agripper à ton toi, t’y clouer et attendre que les premières pierres soient jetées. Attendre le renversement, la bascule des couleurs, avec le sifflement des plaintes, les trompes du mécontentement, la grande cabriole qui te tombe dessus. Parce qu’ils n’en veulent pas de ta présence limpide à les provoquer. Ça leur crève les oreilles tout ce que tu dis de si prêt du but, en avançant dans leurs ventres pas préparés du tout. L’organigramme n’est pas prédisposé à se faire rentrer dedans de la sorte avec la justesse que tu as. Ça ne leur plait pas, en fait. L’image oui mais pas les mots. Les mots c’est trop.

19.03.2012

Mes bonhommes en live !

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ÇA VA PETER DE PARTOUT

 

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Ils : ont pas compris.

 

Ils : croient encore.

 

Peut être d’avantage. D’autres choses. D’autres formes.

 

S’ancrent dans leurs ventres d’autres convictions.

 

Parce qu’on ne peut pas sans.

 

Ce n’est pas acceptable sans.

 

Pas de laisse ni de fouet sans.

 

Les yeux sont clos. Les oreilles en métal.

 

Je ne dis rien. Je sais que ça va péter de partout.

 

Avec le fer dans la bouche aussi. Ce n’est pas possible autrement.

 

Ça va pas faire rire comment ils : vont être surpris.

 

Sur le cul, je dirais. Tous sur le cul.

 

Et leurs ventres, je vois ça d’ici, ne pourront plus s’agripper.

 

Ça va glisser des mains du ventre.

 

Ils : mettront les poings sur les hanches en soufflant.

 

« C’est quoi cette histoire que ça pète de partout ? » ils : diront.

 

C’est leur histoire. Celle de tous nous qui craque.

 

Un sac de plume explosé dans les airs.


16.01.2012

Dans la Chapelle du quartier haut à Sète.

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05.01.2012

INTERDIT

On n’a pas vraiment le droit. Enfin, c’est interdit je veux dire. On le fait quand même parce qu’on est plein à le faire. Toujours à plusieurs, c’est plus facile. Sinon moi toute seule, je ne le ferais pas. Avec les autres autour qui regardent et qui ne le font pas. Non, ce ne serait pas possible. Alors que si tout le monde le fait, je n’ai pas peur. Pas peur du tout. On se sent protégés. C’est drôle mais c’est comme ça. Je dis drôle mais c’est plutôt bizarre en fait. En tout cas, je me sens bien de le faire. Un peu aventurière, rebelle tu vois. La peur se transforme en audace. C’est très agréable comme sensation. Le détournement de la peur. De toutes façons, on ne risque rien. On est trop à le faire. Ils ne pourraient pas tous nous arrêter. Tu te rends compte ? Y’aurait pas assez de place, ni dans les fourgons ni dans les commissariats. On est vraiment trop. A moins qu’ils en prennent un ou deux au hasard. Il paraît qu’ils le font. Mais moi, j’ai toujours de la chance. Le hasard, c’est jamais pour moi. Même pour les bons trucs alors. Y’en a pour qui c’est le contraire. Ça leur tombe toujours dessus. Des qui chopent toutes les emmerdes. Mais moi, je passe entre les mailles comme on dit. Une anguille moi. Bon, on le refait une dernière fois et puis on s'arrête. Faut faire attention quand même. Si on le fait trop, on peut devenir fou. Si, si. Il paraît. Complètement fou avec. J’en suis pas encore là mais parfois je sens des flèches, tu sais des flèches qui me traversent partout. Ça t’arrive à toi aussi j’imagine. Enfin, une dernière pour aujourd’hui. Vas-y commence, je te suis !

14.11.2011

LE TEMPS LU


podcast

03.11.2011

Lecture à Il Barone à Marseille

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24.10.2011

la ville

Je vais traverser la rue. Je ne sais pas si ma tête à un pivotement assez rapide gauche droite pour me permettre d’obtenir la certitude d’une sécurité absolue. Je balance, je balance dans la crainte, et ce balancement me berce à tel point que l’idée de traverser se dissipe. Je compte les voitures comme des moutons, je m’endors presque. Je ne sais même plus pourquoi je dois me rendre de l’autre coté de la rue. Je pense à une multitude de choses en restant planté sur le trottoir, l’air hagard. Je pense à la pollution qui s’accumule sur mes vêtements, sur mes cheveux et j’ai envie d’un bain chaud, moussant. Je pense à la mousse qui est un élément caricatural de la jovialité. Champagne, sous bois, dessert léger à la framboise, lavage de voiture le dimanche les mains dans le seau et autres sensations mouillées. Je pense que j’arrête le temps même si je suis peut être en retard, parce que le flux de la vie citadine me l’impose. Temps morts réguliers. Je stagne encore un peu sur le trottoir, adossée à un platane, cet arbre des villes qui comble pleinement mon désir de nature. Je pense qu’on ne s’accoude pas assez souvent aux arbres des villes si ce n’est pour vomir ou uriner mais guère pour réfléchir, réfléchir à la ville, son groupe sanguin, sa dimension cardiaque et à tout ce temps qu’elle nous laisse quand on hésite à traverser la rue.

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06.10.2011

je n'ai jamais été mais il est encore temps

Je n’ai jamais été farouche mais il est encore temps

Je n’ai jamais été maudite mais il est encore temps

Je n’ai jamais été amère mais il est encore temps

Je n'ai jamais été célèbre mais il est encore temps

Je n’ai jamais été utile mais il est encore temps

Je n’ai jamais été défunte mais il est encore temps

Je n’ai jamais été potiche mais il est encore temps

Je n’ai jamais été Amish mais il est encore temps

Je n’ai jamais été sous les bombes mais il est encore temps

Je n’ai jamais été sur les nerfs mais il est encore temps

Je n’ai jamais été adulée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été handicapée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été SDF mais il est encore temps

Je n’ai jamais été VIP mais il est encore temps

Je n’ai jamais été droguée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été obèse mais il est encore temps

Je n’ai jamais été mère porteuse mais il est encore temps

Je n’ai jamais été vénale mais il est encore temps

Je n'ai jamais été candoliste mais il est encore temps

Je n'ai jamaisété dans le Gers mais il est encore temps

Je n’ai jamais été transcendée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été sous pression mais il est encore temps

Je n’ai jamais été sûre de moi mais il est encore temps

Je n’ai jamais été clonée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été otage mais il est encore temps

Je n’ai jamais été mariée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été violée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été hystérique mais il est encore temps

Je n’ai jamais été camionneuse mais il est encore temps

Je n’ai jamais été torturée mais il est encore temps

Je n’ai jamais été à Las Végas mais il est encore temps

Je n’ai jamais été maire d’un petit village mais il est encore temps

Je n’ai jamais été bouc émissaire mais il est encore temps

Je n’ai jamais été dans mon assiette mais il est encore temps

Je n’ai jamais été végétarienne mais il est encore temps

Je n’ai jamais été collectionneuse de souvenirs mais il est encore temps

Je n’ai jamais été si près du but mais il est encore temps

 

Quelques changements sont donc à prévoir dans les années à venir.

Il y aura des choix à faire.

Je n’ai pas fini d’être.

11.06.2011

la chienne

Je suis un homme chienne

un homme qui sait qu’il est chienne

s’en prend plein la gueule

aime être deux

La chienne  tombe dans des trous

tout le temps

Des trous c’est des gouffres

Elle est partie sur une friture de rougets

avec un bon fromage après

un saint nectaire ou similaire

pas de dessert pour ses dents

et pour le café elle est allée se mettre à l’écart

se délecter du café qu’elle aime tant

Le café active son corps

et son esprit aussi qui foire des fois

c’est là qu’elle est tombée dans un trou

je suis tombé

elle ne s’y attendait pas

pourtant elle connaît bien ses trous

pas l’emplacement mais la fréquence

je pourrais prévoir

La chienne tombe longtemps

comme dans le puits d’Alice

en faisant plusieurs tours sur elle-même

elle virevolte

l’infini est dans la chute

mais arrivée au fond elle ne reste pas

Le temps de lire un Duras

La chienne aime Duras

ça l’a fait remonter toute seule

La chienne soudain une araignée

crapahute

jusqu’à ce que la lumière l’aveugle

pour être à nouveau dans le monde

Elle dit juste merde encore un trou je l’avais pas vu celui-là

Et le café est froid bien sur

La chienne refuse d’aboyer les jours suivants

Elle a son caractère à elle

Je la comprends

Très vite elle écoute la musique qui adoucit

Elle ne s’encombre plus après

Elle est comme toutes les chiennes

bonne à servir

les yeux éblouis

à faire sa tête de chienne qui veut des caresses

les caresses lui font oublier les trous imprévus

La chienne devient une peau de bête

toute plate

toute conne

toute rien

avec les dents qui tombent

et l’anus offert

Elle a le bonheur à portée de main

mais elle est trop

aplatie pour en profiter

éblouie pour l’attraper

sans dent pour le mordre à pleine dent

Alors elle rampe pour essayer de l’atteindre

Ça blesse aux genoux et aux coudes

Les gens la poussent avec des petits coups de pied

dans l’arrière train tout mou tout offert

les gens pensent plutôt à eux

à leurs problèmes à eux

mais quand ils voient l’état de la chienne

l’état dans lequel je me mets !

ils préfèreraient ne pas la voir comme ça

toute rien

ils s’efforcent de

parce que sinon ils vont l’abandonner

si elle n’y parvient pas

La chienne ensuite vide la bouteille

pour fêter ça

Quelle ambiance !

A chaque fois qu’elle remonte d’un trou

c’est comme ça

La putain d’ambiance !

A croire qu’il n’y aura plus jamais de trou

L’imprévisible elle n’arrive pas à savoir pourquoi ça existe

Elle n’y croit pas

Elle risque beaucoup dans cette ignorance

Pas comme un golden boy

qui mesure l’ampleur

Pas comme un soldat

qui retient sa peur – béante –

Plutôt comme Berlusconi

Rayonnant dans sa déchéance

Elle remue son instinct de survie

Elle reprend des litres d’atomiseur

Elle fait waouf waouf dans la lueur des phares

évite quand même quand ça va faire mal

et se détend en regardant la télé

des heures et des heures

les émissions qui vont bien

Des flics comment ils font pour être flics

et que c’est incroyable

Des putes comment elles font pour être putes

et d’où elles viennent

Des ados comment ils font pour être ados

et pourquoi ils frappent leurs mères

La chienne encaisse tout ça pour se détendre

Mais elle préfère quand même Duras

Duras au fond des trous

L’absolu au fond des trous

De ce fait je me demande si c’est pas la chienne qui creuse les trous

la nuit quand personne ne la voit

pour y tomber dedans

le jour quand tout le monde la regarde. 

23.05.2011

comédie du livre

Je dédicacerai mon nouveau recueil D.I.R.E pour la Comédie du Livre le dimanche 29 Mai à partir de 11H sur le stand de Sauramps. Ceux qui n'ont pas de mère à fêter, venez me retrouver !

18.05.2011

le congélateur

mon grand père est mort maintenant

et l'héritage me direz-vous ça s'est bien passé ?

la vie se brise

brisures de vie que je fais sortir du trou de mon visage

celui qui a des mâchoires

en parler mettre dehors ça fait la langue qui cuit à dire les choses comme elles sont

des aiguilles dans les joues qui se plantent fort

papa dit ça sert à rien d'y penser sans cesse de faire la rengaine

à rien ça sert

pourtant c'était son père

je ferme le trou de mon visage pour arrêter le son et c'est le grand coup de froid à l'intérieur

je glace

deviens tout en cristal à force de pas mettre dehors

enfoncement de neige dans ma gorge

des picotis qui interdisent

le bâillon pareil

à perdre haleine

le seul moyen c'est de dire les brisures dans ma tête y'a que moi qui les entend ça se voit pas alors ça va pour papa il croit que c'est fini pour moi que je suis passé à autre chose la mort de grand père on va pas en faire un fromage ça arrive à tout le monde de mourir on va tous y passer un jour alors bon

sauf que je suis un congélateur maintenant

un modèle haut de gamme

 

l'héritage c'était de la gnognote des rien du tout ou presque

et pour le presque ils se sont réunis (les enfants)

ils ont discutés calmement (les enfants)

ils avaient tous les yeux brillants (les enfants)

 

et apparemment ça s'est bien passé

11.05.2011

Un livre-cd

Voilà, il est sorti, en tout cas, il commence à être trouvable dans les librairies, sinon demandez le. Je peux vous en envoyer un exemplaire dédicacé contre un chèque de 10 euros à mon nom et mon adresse : nathalie Yot 34 Bd Renouvier 34000 Montpellier.

Je ferai une lecture pour le présenter le Mardi 31 Mai à l'Episode ( 25 rue Hippolyte à Montpellier ). Ce sera un apéro lecture avec assiettes de tapas dans le jardin...

16.04.2011

Lecture à la Seyne sur Mer avec Cécile Richard et Julien Blaine

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12.04.2011

AVEC

AVEC

 

J’ai des chaussures qui sont grosses parce que je vis avec.

Je dors avec, vous voyez ?

Les pieds n’existent plus parce qu’ils sont avec, vous voyez ?

Quatre ans qu’elles sont soudées. Je compte le temps.

Je marche sur le temps avec.

Et le bruit quand j’écrase, ça me calme la rage.

Avec, je me cache, avec, j’évite, avec je passe à travers, vous voyez ?

Je trotte comme un poney avec.

Je pars et je reviens. Parce que ça n’existe pas d’aller loin avec.

Quatre ans que je ne regarde qu’elles.

Pas plus loin que le bout d’elles. Après, j’ai peur.

Après, j’ai froid.

Après, j’ai faim.

JE NE PEUX PAS FAIRE AUTREMENT

vous voyez ?

04.04.2011

D.I.R.E est prêt !

Sortie de mon nouveau recueil de poésie (livre-cd avec lecture de textes accompagnée par Denis cassan) à la fin du mois. Le livre est prêt, on attend le pressage du cd...

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02.04.2011

Atelier d'écriture

Ils ont froid toujours. Ils le disent à chaque fois et gardent leur manteau pendant les deux heures. Aucun jamais n’aura enlevé son manteau, ni son écharpe ni rien. Ils restent comme ça, engoncés dans leur réveil difficile. Parfois, ils ne se réveillent pas. J’ouvre les stores pour laisser le soleil les réchauffer.

Au début, les corps, les yeux vont et viennent entre eux mais ne me regardent pas. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Des histoires circulent sur leur stage, le menu à la cantine, la télé du lycée, ils papotent.

Quand je lis mon premier texte, je vois les manteaux se figeaient, ils se taisent et les yeux sont sur moi.

Alors les premiers jeux d’écriture commencent. J’insiste sur la poésie, je raconte la poésie, ce que c’est de nos jours, la liberté que c’est. Mais ils ont du mal à s’évader d’eux. Ca tombe bien, le thème de l’atelier est l’écriture du moi !  Et on y va, on va chercher à l’intérieur, on nettoie là-dedans, ça sort en geyser, ils écrivent à toute allure. Presque tous finissent très vite et ne retouchent rien. Ce sera dur de les faire revenir sur leurs textes.

Je m’applique avec ceux qui n’y croient pas.  Si ! Si ! Tu sais quoi dire ! Tu dis comme tu veux, avec tes fautes et tes mots à toi. L’inconscient fera le reste, je le sais. Ensemble, on vacille entre la haine et l’amour (beaucoup l’amour). Ils se font à cette manière spontanée de dire ce qu’ils sont. Et je vois leur envie d’exprimer tout, tout de suite. Pas besoin de les pousser pour dire leur mère battue, leur sœur morte, leur homosexualité et tous ces désirs d’être ailleurs ou quelqu’un d’autre. En quelques lignes, ils ont tout lâché. Peut être pour en finir avec la torture de l’écriture.

Et là, je perds pied. J’ai le tract de les orienter, canaliser leur ardeur et approfondir leur pensée. J’essaye d’autres ouvertures, ils soufflent, ne veulent plus. Surtout ces filles de Mayotte qui ne savent presque pas écrire, parlent très mal le français. Mayotte n’est-ce pas un territoire français ? Avec elles, je trime, je plonge, j’y vais dans leur caboche, je ne peux pas les laisser comme ça à gonfler les joues et jeter leur stylo en regardant le rien du dehors les remplir. J’apprends qu’on peut toujours presser le jus, même trois gouttes me suffisent. Puis la poésie s’instaure à leur insu et la fierté est vite là. On y est arrivé.

Ensuite, il faut lire. Pour le partage et pour l’écoute de l’autre. Ils m’ont vu le faire et ils le font. C’est le seul moment où je veux le silence. Respect.

On écoute, on ne juge pas, on rigole ensemble, on applaudit, on dit toujours c’est bien. Camille met des plus.

Quand ça sonne, ils s’en vont. Juste ils partent, ça prend deux secondes puisqu’ils sont déjà habillés et que tout est déjà rangé dans leur cartable depuis cinq minutes. Je reste souvent seule dans la classe avec Camille qui me dit qu’il faut y aller, il y a un cours après, mais moi, je n’ai rien rangé, je suis en descente, je voudrais parler de ce qui vient de se passer. Tout le monde a déjà rejoint une autre classe. Je rejoins ma voiture. 

03.02.2011

mitraillette

Les phrases, elles disent pas toujours ce qu’elles devraient dire. Les phrases, elles disent juste ce qu’il y a dans mon crane, c’est moi qui dis les phrases même si elles sortent d’une autre langue. Elles me rentrent dedans et j’en fais ce que je veux. Des fois n’importe quoi. Le sens inverse qui est interdit. Et les palpitations viennent par là. Comme une démangeaison. Je déborde des mots qui disent rien de la vérité. Mitraillette révulsée. Pas la chance de la lucidité, moi c’est brouillé, moi c’est flouté, moi c’est colin-maillard. Et je tire dans le tas.