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18/05/2012

Les mots

Il faut racler la gorge avant d’y aller. Tu te présentes raclé. Tu racles en poussant avec le souffle. Tu essayes de le faire quand il y a du bruit autour pour éviter d’irriter ceux qui n’aiment pas les raclements. Tu te rapproches plutôt de ceux qui les aiment. Quand tu t’es bien raclé, que t’as mal au fond tellement t’as plus rien, nu de la gorge en feu, tu te présentes. Personne ne saura toutes les palpitations que tu as à l’intérieur, les palpitations d’être nu raclé à fond parce que personne ne se racle aussi bien que toi.

Raclé tu prononces bien, tu le sais que c’est beau ce que tu dis, que ce sont les bonnes choses, les choses exactes, celles qu’on ne dit pas tous les jours, c’est pas du tout venant ce que tu dis là. Alors les couleurs viennent dans les yeux des gens qui t’écoutent et même dans les yeux de ceux qui ne t’écoutent pas. Y’a de l’attention après un tel raclement, parce qu’on voit bien que tu es venu sans déchets, que tu as pris soin de te présenter bien raclé nu à fond, et ça les mets par terre que t’envoies la sauce, la pure sauce, la pure purée. Tout le monde prend ton état de transparence en pleine figure. Ta raclure est tellement visible. Une belle raclure qui s’offre. Et quand tu t’es offert tout entier, avec la plus grande limpidité qu’il soit, t’as plus qu’à t’accrocher à toi même, à t’agripper à ton toi, t’y clouer et attendre que les premières pierres soient jetées. Attendre le renversement, la bascule des couleurs, avec le sifflement des plaintes, les trompes du mécontentement, la grande cabriole qui te tombe dessus. Parce qu’ils n’en veulent pas de ta présence limpide à les provoquer. Ça leur crève les oreilles tout ce que tu dis de si prêt du but, en avançant dans leurs ventres pas préparés du tout. L’organigramme n’est pas prédisposé à se faire rentrer dedans de la sorte avec la justesse que tu as. Ça ne leur plait pas, en fait. L’image oui mais pas les mots. Les mots c’est trop.

Commentaires

Très chère raclure, précieuse aventure, c'est plaisir de t'entendre "avec le sifflement des plaintes, les trompes du mécontentement, la grande cabriole qui te tombe dessus... qu'ils ne veulent pas". Reste là, hein ?

Fidèlement,
tiniak

Écrit par : tiniak | 24/10/2013

Je ne bouge pas ! Heureuse de te relire !

Écrit par : yot | 24/10/2013

Les commentaires sont fermés.