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08/01/2013

FEMME

Femme a du pain sur la planche. Des fois pas de pain, que la planche. Elle regarde la planche. C’est du beau bois massif cette petite planche. Du bois de la forêt.

Ah, la forêt ! pense-t-elle. S’y perdre. Se perdre dans toutes les planches, ne plus retrouver la sienne.

Femme ne s’évade jamais, regrette. Elle est trop utile pour s’évader. Elle fabrique sans cesse (productive). Avec ses mains, ses dix petits doigts qui s’activent, avec son ventre, son ventre-machine, avec sa tête elle cherche des solutions.

Alors parfois la nuit, pour reposer la bête, femme chante, femme danse, femme fume, femme rit.

On est content pour elle. C’est quand même une petite évasion ça. Femme se permet la petite évasion. Femme sait qu’il faut se sortir de la planche, s’extirper le là, courir dans l’autre sens. Le sens qui n’est pas celui du pain quotidien, de la routinette tranquillette avec la planche qui colle sous le bras.

C’est pas que dans les rêves, pense-t-elle. Femme n’a pas que des rêves, d’ailleurs elle s’en fout des rêves. C’est possible ça ? Partir des rêves ? Faire autre chose que faire des rêves ?

Pour l’instant, Femme ne sait pas et quand Femme ne sait pas, elle pleure. Et quand Femme pleure, elle fait la petite évasion. Celle qui suffit pour vivre encore une semaine avec la planche collée sous le bras.

La petite évasion, c’est souvent le samedi soir.

Samedi soir : jour de la petite évasion.

Pas de jour pour la grande. Pas de jour précis. On ne précise pas pour la grande.

Femme devrait se mettre une date butoir. La date où elle irait jeter sa planche dans la forêt avec toutes les autres planches.

C’est prévu, pense-t-elle.

 

 

 

Extrait de « BOIS, PUTES, OISEAUX » à sortir en mars 2013 aux Editions Gros Textes

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