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12/06/2014

l'amour

 

L’amour et la vie sont sur un bateau.

L’amour tombe à l’eau. Qui est-ce qui reste ?

 

L’amour est troué. Plein partout, il a des trous. Percé de part en part. Qui a fait ça ? Il en a plus pour longtemps on dirait. Il en mène pas large. Tout palot, tout patraque, à plus trop faire le malin. Étanche l’amour ? A d’autre. L’amour dans sa boite hermétique fermée aux quatre coins et qui pourrait crier et qu’on n’entendrait pas ? A d’autre. J’ai les oreilles qui crissent. Le sang qui gicle. Essuie toi, tu en as sur la figure.

Regarde. L’amour coule.

Glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou.

 

Parce que ça s’infiltre dans les trous de l’amour, et les trous s’agrandissent, on sait plus quoi en faire de ces trous immenses qui résonnent comme dans une grotte, des grands trous de rien, des grands riens du tout. Qui a fait ça ? On avait la vue dégagée, les yeux bien ouverts, les yeux qui n’avaient pas encore subi la transformation, la déformation, celle qui a fait les trous, qui a percé l’amour, l’a fait chaviré, a tenté la noyade, la ratatination dans le rien, que l’amour = rien, et tout ça en pleurant sur la rive, de l’autre coté du pont parce que jamais jamais on aurait voulu en arriver au naufrage.

Glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou.

 

On l’a pas vu venir le naufrage. Y’avait rien qui disait que. Pas prévu. Pas prémédité en tout cas. Personne n’avait pensé à la crevaison. Personne n’avait pensé aux rustines. Certains en ont cherchées dans l’affolement mais n’en ont pas trouvé. C’est tout de même fâcheux tu ne trouves pas ? L’amour à l’agonie qui fait aaaaaaaah en coulant, aaaaaaaah dans le profond. Et qui ne remonte pas à la surface. À cause de son poids n’y arrive pas. T’imagines le poids ! Le corps de l’amour qui plonge avec les bras en tourniquet à mouliner, mouliner dans tous les sens mais rien n’y fait. Englouti. Submergé. aaaaaaaah dans le profond, fait l’amour.

Glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou.

 

Maintenant l’amour nous laisse comme ça, en l’état, dans la stupéfaction, il nous laisse avec ses résidus, des sortes de petites traces, on pourrait dire des miettes à picorer. On regarde les miettes un peu abasourdis, un peu dans un traumatisme post-naufrage et on se dit merde. Qui a fait ça ? On s’observe, on se questionne, c’est la débandade, les gens paniquent abondamment, se mettent à se méfier de plus en plus et alors ils se cloitrent. Ils sont peureux les gens maintenant que ça leur est tombé dessus sans prévenir. C’est normal après un glou glou glou pareil. Les gens se protègent, ils font la solution du repli, ils gardent le peu qu’ils leur restent pour eux. Et ce qui arrive ensuite c’est que ça fait se battre. Ça fait se battre comme toujours quand une denrée devient rare. Parce qu’il n’y en a plus pour tout le monde, et on en veut tous. Même les miettes on les veut. Par n’importe quel moyen. Dis moi que tu m’aimes. Montre le moi. Like moi. Dis moi que tu m’aimes. Je t’assure je le mérite. Like moi. J’en ai tellement besoin. Like moi. Dis moi que tu m’aimes. Qui a fait ça ?

 

Moi je fais partie des pleureuses, celles qui s’amoncellent sur la rive en regardant l’amour prendre l’eau, couler dans le profond en écoutant les aaaaaah et les glou glou glou glou glou glou glou glou glou. Je peux pleurer très longtemps, c’est une question d’habitude, je fais ça souvent, je pleure jusqu’à ce que j’estime en avoir assez, assez de litres de larmes. Parce que je récupère mes larmes, en général pour l’eau des pates, mais vu les circonstances je pense pouvoir remplir ma baignoire et prendre un bain.