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14/01/2015

le lac de boue

Je vais dans la boue. Je marche dans la boue. La boue s’accroche parce que c’est une matière épaisse, une matière qui tient bien, consistante. J’ai du mal à avancer, ça me demande un effort gros. Je me muscle en avançant. Je suis pleine de nouveaux muscles. Je fais la connaissance de mes nouveaux muscles. Ils sont comme de nouveaux amis. On marche ensemble. La boue est de plus en plus dense. On dirait de la colle. On dirait que je vais me figer. Mais les nouveaux muscles sont efficaces. Je sens bien qu’ils ne vont pas me lâcher d’une minute à l’autre. La boue ne m’aura pas, toute matière consistante qu’elle est. Je sifflote un air de conquête et je trace ma route à travers le lac de boue. Le lac de boue n’a pas de rive. Il a l’air immensément grand. Il est de cette couleur marron commune à tous les lacs de boue. Pas très belle. Je ne m’attarde pas au détail de la couleur, je sais que je vais devoir m’y habituer. Je continue de siffloter. Pour moi. Il n’y a personne d’autre dans ce lac de boue. Personne ne cherche à se faire de nouveaux muscles. C’est pourtant très satisfaisant. Rencontrer la matière. Apprivoiser la matière. La matière qui freine, qui empêche, qui salit. Me salir n’est pas un problème. J’apprivoise la boue. La boue devient ma boue. Ma boue à moi. Qui n’est pas si deguelasse que ça. Parce que c’est la mienne maintenant. C’est ma boue.

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