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26/06/2015

le ralentissement du monde

Je vais pas y aller ce matin, je leur dirai je sais pas la tête le cœur ou n’importe quoi d’autre, une impossibilité ça se trouve, ou alors je leur dirai rien, je ferai comme si j’arrivais plus à parler (à cause d’eux), ils diront que je suis folle, que je ne me rends pas compte, que ce n’est pas possible, et si c’est possible, même que j’irai me promener avec l’air frais qui pénètre les pores et la lumière qui fait plisser les yeux comme quand on va se battre, je vais pas y aller ce matin, je vais fumer des cigarettes en regardant le ciel, je vais écouter les bruits oubliés, les brindilles et le craquement des troncs, les bruits qui n’ont plus d’importance (à cause d’eux), je vais croiser le chemin des autres qui n’y sont pas non plus allés ce matin, la tête le cœur ou n’importe quoi d’autre, pour eux pareil, un matin suffit, un matin c’est rien, c’est tout, je peux me prendre ce temps là, cette année j’ai pas fait de maladie, je suis toujours de toujours de toujours là, depuis combien déjà, je ne compte plus ça, oui juste quelques heures, pendant lesquelles mes mains m’appartiennent, RENDEZ-MOI MES MAINS, qu’elles se posent où elles veulent, qu’elles caressent qui elles veulent, ou dorment simplement au bout de mes bras, c’est sur je vais pas y aller ce matin, tant pis pour ma collègue qui va devoir en faire deux fois plus, tant pis pour ceux qui attendront, tant pis pour le ralentissement du monde, ils diront l’absentéisme c’est un vrai problème, et ils feront de drôles de têtes en le disant, ils gonfleront les joues en voyant mon fauteuil sans moi assise dedans, et quand leur souffle sortira, faudra pas respirer crois moi, ils leur tordraient bien le cou aux abonnés de l’absence, aux fragiles, aux dépressifs, et je dis ça gentiment parce qu’en fait, ils leur mettraient bien une barre de métal dans la gueule, c’est de cet ordre là, sauvage, comme à la guerre, alors je vais pas y aller ce matin, je vais ralentir le monde, tout doux, calme, couche toi le monde, au pied, là, c’est bien, je vais pas y aller ce matin.