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25/11/2015

JE FAIS COMME IL FAUT

 

Je fais comme il faut.

Je fais comme il faut de tous les cotés de la terre.

Je pense à tout le monde, je pense à moi aussi.

J’aime ma mère et je caresse les chiens.

Je fais le ménage et la conversation.

Je cours pour ne pas être en retard.

J’apporte des croissants, j’apporte de la joie, j’ai des problèmes dont je ne parle pas, je me griffe en silence, je ne dis pas quand j’ai froid, quand j’ai faim, quand j’ai peur.

Je fais comme il faut toutes les heures et toutes les secondes.

Je suis franche, sincère, je regarde dans les yeux. Je trouve les yeux beaux dedans. C’est sur que c’est beau.

Je ne dis pas les mots blessants. Je ne rentre pas dans le lard. Les insultes restent dans ma tête. Je ne froisse personne. Je ris, je suis pleine de vie. Je ris même si ce n’est pas drôle. J’écoute les imbéciles, les connards, j’écoute la télé, la radio, j’écoute tout le monde. Je fais tout comme il faut.

Je rencontre, je partage, je ne suis pas perdue, je suis là, au milieu des personnes.

On ne se moque pas de moi, je le saurais. Il y a des signes, je vois les signes. Il me semble que je vois les signes.

J’obéis à la loi, j’obéis à mon père, j’obéis aux courants, aux modes, aux flics, à l’ensemble des règles. Je suis blanche à tous les niveaux, tu vois.

Je comprends la colère, la folie et le débordement. Ce n’est pas difficile. C’est tellement tentant.

Je peux penser à tout et ne penser à rien. Je sais que je fonctionne. Je sais que tout fonctionne. Je suis assurée de mon état de marche.

Je fais le tri de mes ordures, de mes envies, de mes idées. Je fais le tri de tout. Je fais comme il faut que ce soit.

Je ne fais pas de bruit. Je ne fais pas la grève. Je ne dérange pas. Je glisse dans mes draps. Je n’ai pas trop de haine. Si peu. Je traverse les intempéries, les branches me claquent au visage, je suis égratignée, rayée, toutes ses petites marques appuient sur mes tempes.

Je suis lasse le dimanche. Je fais TOUT comme il faut.

Je sais tenir mon rôle. Ma salive est épaisse. J’avale à peu près tout et sans faire de grimaces. Rien ne me dérange. Rien n’a d’importance.

 

Ça ne dépend pas des autres la mélancolie.

On peut s’acheter un pull noir et le porter jusqu’à ce qu’il se déchire.

On est le maitre de sa mélancolie.

Avec un bâton, avec une crosse, avec une caillasse bien dure, on en vient à bout.

 

Je n’ai pas besoin d’aide, pas besoin de confort, pas besoin de remède.

Je fais tout comme il faut.

Je ne dors pas la nuit.

Je crie dans mon coussin.