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18/02/2016

Le déplacement des montagnes

La revue TESTE 22 sortira le dimanche 20 mars 2016 à Toulon, à la librairie Le Carré des Mots ( j'y serai ). Un de mes textes y est publié aux côtés de poèmes de Laura Vazquez, Pauline Catherinot, Claudie Lenzi, Pierre Tilman ou encore Pennequin...

Le voici :

j’attends le déplacement des montagnes

je suis en avance

ce n’est pas l’heure

je suis en avance

mais je me prépare

on se prépare tous

on a mis nos habits de déplacement des montagnes

on les a sortis de dessous la pile

depuis tout ce temps

 

attendre le déplacement des montagnes

ce n’est pas aussi facile que cela puisse paraitre

oh que non

les habits, ça ne suffit pas

claquer la porte, ça ne suffit pas

il va se passer quelque chose, ça ne suffit pas

je prends mon élan, ça ne suffit pas

 

on a entendu dire

et juste ça

entendre dire, ça nous a déboulonnés

les écrous se promènent sur les routes

on en a perdus plein

des millions d’écrous perdus

c’est la pagaille

faut prendre des clés de douze

chacun sa clé de douze et on resserre

avant de devenir des bêtes

 

je m’assoie sur la pierre qui est l’enfant de la montagne

j’ai les fesses au chaud de l’enfant

l’enfant vieillit bien

il ne se refroidit pas

 

je cherche le calme

je grandis sans bouger

je suis grande sans bouger

je suis grande et immobile

j’ai des fourmis partout

je cherche des mains à attraper

je suis grande de besoin

je sens que je suis calme

je ne m’enfonce pas les doigts dans les yeux

je ne mets pas les mains dans les arbres

ça se voit que je suis calme

 

les maisons se laissent effondrer

les cerveaux se laissent effondrer

la vie coule coule coule coule coule coule coule

et ne colmate rien

rien ne se passe

 

est-ce que rien ne se passe ?

est-ce que c’est possible que rien ne se passe ?

je voudrais bien que rien ne se passe

que tout s’arrête

vivre un moment de rien

où tout est dans l’œuf

ni mort ni vivant

simplement inerte

de la chair inerte

tous les animaux inertes

les cellules

l’eau inerte

les planètes aussi

et de l’air figé

des humeurs figées

tout ce qui existe fait la statue

tout ce qui existe se tait

avale

 

on peut prendre une position confortable

s’installer dans le rien ne se passe

et les barrières tomberont

avec le bruit des barrières qui tombent

tout le monde connaît le bruit des barrières qui tombent

et tout le monde le reconnaitra

et sera satisfait

satisfait sans bouger

calme

satisfait dans une position confortable

calme

pas effrayé par le bruit des barrières

calme

et courageux

on aura le beau courage du sang arrêté

le courage du suspend

la rigueur du suspend

on verra les visages

l’expression des visages sans barrière

tout nu, tout là, tout bien

sans que rien ne se passe

surtout pas de mot

il n’y a pas de mot pour quand rien ne se passe

ça ne s’est jamais passé que rien ne se passe

alors il n’y a pas de mot

et je ne voudrais pas qu’il y en ait

je voudrais un rien ne se passe sans mot à inventer

juste le bruit des barrières et les visages nus

 

ce sera le signe pour les montagnes

elles pourront se déplacer

 

 

Commentaires

Ouah..!!!.En route vers les montagnes (passager)... je lis, je prends, je dévore. Envoûté. Ouah !

Écrit par : Didier | 18/02/2016

Bon appétit alors !!!!

Écrit par : natyot | 18/02/2016

je vous aime bien avec tout ça. Vue un soir à la scène poétique. vous ai additionnée à mon blog http://longtempsjemesuiscouchedebonheur.blogspot.fr/
au plaisir de vous réentendre

Écrit par : redon | 19/02/2016

Merci pour l'ajout et au plaisir de se croiser, de se parler, d'échanger quelque chose !

Écrit par : natyot | 21/02/2016

Les commentaires sont fermés.