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07/01/2015

JE DIS PRÉSENTE


PRÉSENTE

je suis présente, je le dis plusieurs fois, PRÉSENTE, PRÉSENTE, PRÉSENTE, comme ça je le sens bien, j’y suis bien, je ne me moque pas, je fais en sorte, je me fais l’appel, le rassemblement de tout moi ensemble, on est là, on se tient, on s’y tient, on a de quoi tenir longtemps, je sais l’importance, ne pas être ailleurs quand on est là c’est important, PRÉSENTE de toutes mes forces, PRÉSENTE à perdre haleine, PRÉSENTE  avec ma peau, avec mes organes, avec ma respiration qui fait le boulot à merveille, avec les habitants du crane, avec mon noir immense, avec ma langue pour le dire, PRÉSENTE, je grouille, j’abonde, je pullule, j’y suis, je suis dans le maintenant, dans le maintenant avec les autres, les autres présents qui veulent bien se donner la peine, je n’ai pas envie d’arrêter, arrêter ce serait moche, complètement banal, dans l’air du temps, je n’ai pas envie d’être dans l’air du temps, je veux être PRÉSENTE, je tiens le coup, je prends le temps entre mes dents et je serre, je suis tenace, ça ne fait de mal à personne, ce n’est rien d’autre que les secondes, et il y en a des tonnes, pas la peine de compter, crois moi, il y en a des tonnes

je serre fort.

12/12/2014

Il y a de quoi faire

Il y a de quoi faire, je dis.

Dans notre monde (notre monde), c’est insensé la multitude de choses à faire.

C’est le vertige des choses à faire.

 Je précise : faire = s’intéresser à                   (participation minimale)

                            agir pour                         (participation moyenne)

                           être à l’initiative de/créer   (participation maximale)

 

On peut combiner les participations selon notre motivation et surtout selon notre capacité énergétique. Il y a, dans tous les cas, de quoi faire.

 

Il est, par ailleurs, mal vu de ne participer à rien. On estime que pratiquer au moins la participation minimale (intérêt) est nécessaire pour un épanouissement personnel et une intégration sociale. On a bien assez de choix (dans le domaine des loisirs ou de la culture par exemple, allons au plus simple) pour ne s’intéresser à rien.

Il y a de quoi faire donc, pour tous les âges, pour toutes les bourses, pour tous les handicaps et avec des degrés d’intensité émotionnelle adaptables à chacun.

De toutes façons, si l’on ne fait rien, on est atypique et c’est désagréable pour tout le monde.

-       Qu’est ce que tu fais dans la vie ?

-       Rien.

Ce n’est pas envisageable, vraiment pas.

Faire rien = être idiot, une larve, un ado attardé, voire un voyou (c’est en ne faisant rien qu’on fait mal).

Et pourtant, tout le monde rêve de Faire rien.

Faire rien, c’est à dire dormir.

Dormir, c’est à dire presque être mort.

Faire le mort.

« En ce moment, il fait le mort ». Il a coupé le contact avec l’extérieur. Il ne répond plus à la question « qu’est-ce que tu fais en ce moment dans la vie ? ».

Et c’est bien à cause de :

1-  l’extérieur/ intégration sociale (pour ne pas être pris pour un voyou)

2-     2 - la mort (qui, dans son aspect définitif, n’a rien à voir avec dormir)

qu’il y a de quoi faire et que l’homme fait.

Une vie bien remplie jusqu’à l’os.

 

 

08/12/2014

Au lieu multiple

Deuxième essai pour le duo electro. Bien. C'est là.

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25/11/2014

Clip je ne sais pas danser


03/10/2014

lecture le paysan


le paysan

Le paysan s’assoit. Il a la fatigue. Grande. Bien. Il est tatoué sous les ongles. On ne voit que ça. Et les yeux, comme quand je me lève trop tôt.

 

C’est qu’on n’est pas si bête, dit-il.

Ça tourne aussi dedans. Ça fait des cabrioles et des entorses avec. On a de la pensée. On n’en fait pas des tonnes. On s’en sert autrement, nous.

 

silence

 

C’est qu’on n’est pas si bête.

Nous c’est plutôt le sang. Le sang. Bien. Le sang qui réfléchit dans sa course, en coulant, en faisant ces allers venus. Il fait son beau parcours le sang, son parcours quotidien, son parcours idéal. Un parcours qui a d’ la gueule,

qu’oublie pas les genoux

qu’oublie pas les orteils

qu’oublie pas les mâchoires

qu’oublie pas les paupières

qui fait tout fonctionner

sinon on est foutu, nous.

Tu vois.

 

silence

 

C’est qu’on n’est pas si bête.

On vous laisse les grues, et l’acier dans le ciel. C’est beau quand même, dit-il. Nous, on aime la pluie. On aime l’humidité. L’humilité. Quand la pluie elle irrigue, ça me donne la trique. Toutes ces gouttes qui pénètrent le sol, ça me donne la trique. Et je peux chanter fort des rengaines que j’invente, et je peux crier fort là-bas au fond du champ. Personne me dit « la ferme ! »

Personne ne m’entend.

Je peux être fou si je veux.

 

silence

 

Le paysan se lève. Il a une petite mine. Il boit un petit coup dans un tout petit verre. Je voudrais boire aussi. Mais il n’y a qu’un verre et je ne fais pas ça. Boire dans le verre des autres.

 

18/09/2014

COMME UN DES MORTELS

COMME UN DES MORTELS livre écrit avec Charles Pennequin vient de sortir. 

Petit prix 5 euros. A commander aux Editions MaestrÖm (ou à moi)natyot pennequin.

Nous en ferons quelques lectures de ci de là, comme à Sête cet été au festival des Vois Vives (photo).

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12/06/2014

l'amour

 

L’amour et la vie sont sur un bateau.

L’amour tombe à l’eau. Qui est-ce qui reste ?

 

L’amour est troué. Plein partout, il a des trous. Percé de part en part. Qui a fait ça ? Il en a plus pour longtemps on dirait. Il en mène pas large. Tout palot, tout patraque, à plus trop faire le malin. Étanche l’amour ? A d’autre. L’amour dans sa boite hermétique fermée aux quatre coins et qui pourrait crier et qu’on n’entendrait pas ? A d’autre. J’ai les oreilles qui crissent. Le sang qui gicle. Essuie toi, tu en as sur la figure.

Regarde. L’amour coule.

Glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou.

 

Parce que ça s’infiltre dans les trous de l’amour, et les trous s’agrandissent, on sait plus quoi en faire de ces trous immenses qui résonnent comme dans une grotte, des grands trous de rien, des grands riens du tout. Qui a fait ça ? On avait la vue dégagée, les yeux bien ouverts, les yeux qui n’avaient pas encore subi la transformation, la déformation, celle qui a fait les trous, qui a percé l’amour, l’a fait chaviré, a tenté la noyade, la ratatination dans le rien, que l’amour = rien, et tout ça en pleurant sur la rive, de l’autre coté du pont parce que jamais jamais on aurait voulu en arriver au naufrage.

Glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou.

 

On l’a pas vu venir le naufrage. Y’avait rien qui disait que. Pas prévu. Pas prémédité en tout cas. Personne n’avait pensé à la crevaison. Personne n’avait pensé aux rustines. Certains en ont cherchées dans l’affolement mais n’en ont pas trouvé. C’est tout de même fâcheux tu ne trouves pas ? L’amour à l’agonie qui fait aaaaaaaah en coulant, aaaaaaaah dans le profond. Et qui ne remonte pas à la surface. À cause de son poids n’y arrive pas. T’imagines le poids ! Le corps de l’amour qui plonge avec les bras en tourniquet à mouliner, mouliner dans tous les sens mais rien n’y fait. Englouti. Submergé. aaaaaaaah dans le profond, fait l’amour.

Glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou glou.

 

Maintenant l’amour nous laisse comme ça, en l’état, dans la stupéfaction, il nous laisse avec ses résidus, des sortes de petites traces, on pourrait dire des miettes à picorer. On regarde les miettes un peu abasourdis, un peu dans un traumatisme post-naufrage et on se dit merde. Qui a fait ça ? On s’observe, on se questionne, c’est la débandade, les gens paniquent abondamment, se mettent à se méfier de plus en plus et alors ils se cloitrent. Ils sont peureux les gens maintenant que ça leur est tombé dessus sans prévenir. C’est normal après un glou glou glou pareil. Les gens se protègent, ils font la solution du repli, ils gardent le peu qu’ils leur restent pour eux. Et ce qui arrive ensuite c’est que ça fait se battre. Ça fait se battre comme toujours quand une denrée devient rare. Parce qu’il n’y en a plus pour tout le monde, et on en veut tous. Même les miettes on les veut. Par n’importe quel moyen. Dis moi que tu m’aimes. Montre le moi. Like moi. Dis moi que tu m’aimes. Je t’assure je le mérite. Like moi. J’en ai tellement besoin. Like moi. Dis moi que tu m’aimes. Qui a fait ça ?

 

Moi je fais partie des pleureuses, celles qui s’amoncellent sur la rive en regardant l’amour prendre l’eau, couler dans le profond en écoutant les aaaaaah et les glou glou glou glou glou glou glou glou glou. Je peux pleurer très longtemps, c’est une question d’habitude, je fais ça souvent, je pleure jusqu’à ce que j’estime en avoir assez, assez de litres de larmes. Parce que je récupère mes larmes, en général pour l’eau des pates, mais vu les circonstances je pense pouvoir remplir ma baignoire et prendre un bain.

18/02/2014

Qu'en est-il ?

Il veut partir. Qu’en est-il ? Il a des envies d’éloignement. Il voudrait regarder sa vie de plus loin, avec des jumelles, grossir le trait. Qu’en est-il ? Ailleurs, il sent qu’il peut. Sans repère, il sait. C’est d’avoir le nez dessus qui l’empêche. Le nez collé à sa vie. Écrasé sur. Il doit s’écarter. Qu’en est-il ? Il fait des tout petits pas de trouillard. Ce n’est pas comme ça qu’on s’en va. Ce n’est pas comme ça qu’on fait le lointain. Celui qui veut partir ne s’y prend pas à petits pas. On ne voit même pas la distance parcourue. Il faut faire un bond. Qu’en est-il ? Le bond ne doit pas forcément être en avant. Toutes les directions marchent. Il se dit qu’il va y aller. Il va y aller. Le nez collé ça ne peut plus durer. Il cherche le recul. Qu’en est-il ? Il choisit un loin très loin. Un loin loin loin loin loin. Il a une belle vision à présent. Une vision enchanteresse sur lui-même. Dégagée de toutes parts. Une vision du ridicule, l’importance du ridicule. Et c’est exactement ce qu’il voulait voir.

 

06/02/2014

dates à venir...

Voici les dates de mes prochaines lectures !

21 Février à 18H18 à La Panacée à Montpellier lors du festival Tropisme avec Annie Abrahams, Antoine Boute, Orion Scohy.

27 Février à 19H au Little Red à Montpellier pour le vernissage de Karine Castelnau ( je lirai un texte écrit autour de quelques uns de ces tableaux-collages)

15 Mars à 20H à La Chapelle Gély à Montpellier Nouveau TOTAL LOCAL POÉTIC CLUB avec Anne Bourrel, Gil Non, Charo Beltran Nunez, Marc Na, Dimone, Lili Fantozi, Denis Cassan, Jérémy Proietti, Lise Renon, et d'autres surprises.

25 Mars à l'Université de Rennes Festival Déclamons avec Nicolas Richard et Patrick Sirot

4 Avril à Sête Chapelle du Quartier Haut (vernissage des Journées de l'Amour)

19 Avril ZAT Montpellier lecture de "bois, putes, oiseaux" avec My Tiger Side

24 Mai Sortie de chantier à La Baignoire à Montpellier autour du texte "Hotdog" avec Emmanuelle Debeuscher
3
 

03/11/2013

Avec Dimone et Clément Salles

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24/10/2013

FILS

J’essaye de pouvoir. Je prends mes os et je les cogne entre eux. C’est un tout petit bruit qui sort de là. Pas de quoi réveiller la morte.

On circule assez mal avec cette mollesse. Il n’y a pas de garantie de circulation on dirait. On dirait pas mal de trucs mais je n’entends pas.

 

Je suis à table avec le Fils qui entend encore moins que moi. Il est à l’âge où les Fils n’entendent pas. Rien de rien, comme on dit. Toutes les paroles adressées au Fils passent dans un tamis. Pas d’or. Pas encore. Pas pour l’instant. Le Fils a l’âge de l’attente. Que ça lui tombe du ciel. Les Fils attendent beaucoup du ciel.

 

Je chante cette chanson qu’il ne supporte pas. Exprès. Pour qu’il ne la supporte pas. On a, à ce moment là, un regain d’énergie dans la lutte. On ne s’y prend surement pas de la bonne manière mais la bonne manière dites moi. Ce qui compte c’est que le flux sanguin s’émoustille. La colère n’est pas loin, elle devra se battre pour nous avoir. On n’est pas pour. C’est seulement de la distraction qui s’installe. Les jeux sont ouverts par nécessité. Je veux que tu m’aimes espèce de dégénéré. A la fin, pas maintenant, à la fin.

 

La purée n’est pas bonne. Elle n’est pas de pommes de terre épluchées par moi. C’est un sachet de flocons acheté chez Lidl. L’argent, dit le Fils. Juste ce mot en spéciale dédicace. Tu verras. Quand je dis tu verras, il ne le supporte pas non plus. Ma chanson, la purée en flocons, tu verras, et quoi d’autre ?

 

On se regarde longtemps. Comme ça. On sent l’épaisseur d’entre nous, le bras de fer, l’inquisition, les plaintes, la marée, le sang, le devoir mal fait, la purée en flocons, le désordre, la force de l’âge, tic-tac, ma chanson, le père, la dérobade, l’inquiétude, le marbre, l’impuissance et quoi d’autre ?

 

Je nettoie son regard en un battement de paupières, me tourne en angle droit, perpendiculaire à la porte, que j’ouvre ou pas ? Simple évacuation. Retirade. Révérence non merci. Plutôt perdre haleine. C’est encore moi qui commande ici non ?

 

Les mots restent dans la bouche. Griffent le voile du palet. Aucune importance, à tout prendre je reste sauvage. Je sais qu’il y a un intérêt à le faire. Le Fils va s’impatienter dans mon silence. Les mots vont lui sortir à lui. Il y en aura à sauvegarder. La sauvegarde des mots me ranime toujours un peu. C’est du boulot le tri des mots du Fils. Avec l’impatience, on peut s’attendre à tout. Je connais le geyser des mots de l’impatience. Il n’y a pas que le Fils qui fait preuve d’impatience, ils sont nombreux ceux qui déversent de ne pouvoir attendre. Comme le père du Fils a pu le faire des années entières. A la mitraillette. Le dégénéré n’est pas devenu le dégénéré sans raison. Le Fils et le père du Fils sont les mêmes. Des soldats. Il y a toujours une guerre latente chez les Fils et les pères. Même en temps de paix. On n’a jamais la paix. On croit l’avoir. Le Fils ne sait pas que j’ai compris son manège. Il pense encore me leurrer avec sa tirade. Vas-y, tire. Je trie.

03/07/2013

lecture aux Voix Vives à Gènes

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pour une lecture de mon nouveau recueil

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22/05/2013

Le voilà !

Alors je me suis tue.

On pourra peut être se parler maintenant.

Essayer sans la bouche. Je suis déjà tranquille.

J’ai un peu marché et je me suis enfoncée dans les bois.

Il n’est pas trop tard pour s’enfoncer dans les bois.

Je le saurais.

Les bois, c’est comme une petite forêt.

Tu ne m’as pas suivie, c’est encore partie remise.

J’inhale chaque pollen proposé. Je m’en mets partout.

Ce n’est pas raisonnable mais j’avais dit :

Plus de bouche ! Plus de bouche !

Il fait toujours plus froid dans les bois.

Plus froid que n’importe où ailleurs.

Mais jamais autant que lorsque tu ne me parles pas.

Alors j’ai couru. Il y avait plein de raisons de le faire.

 

Martinet noir : Cris de vol stridents « srrriiiiiii » poussés fréquemment.

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08/01/2013

FEMME

Femme a du pain sur la planche. Des fois pas de pain, que la planche. Elle regarde la planche. C’est du beau bois massif cette petite planche. Du bois de la forêt.

Ah, la forêt ! pense-t-elle. S’y perdre. Se perdre dans toutes les planches, ne plus retrouver la sienne.

Femme ne s’évade jamais, regrette. Elle est trop utile pour s’évader. Elle fabrique sans cesse (productive). Avec ses mains, ses dix petits doigts qui s’activent, avec son ventre, son ventre-machine, avec sa tête elle cherche des solutions.

Alors parfois la nuit, pour reposer la bête, femme chante, femme danse, femme fume, femme rit.

On est content pour elle. C’est quand même une petite évasion ça. Femme se permet la petite évasion. Femme sait qu’il faut se sortir de la planche, s’extirper le là, courir dans l’autre sens. Le sens qui n’est pas celui du pain quotidien, de la routinette tranquillette avec la planche qui colle sous le bras.

C’est pas que dans les rêves, pense-t-elle. Femme n’a pas que des rêves, d’ailleurs elle s’en fout des rêves. C’est possible ça ? Partir des rêves ? Faire autre chose que faire des rêves ?

Pour l’instant, Femme ne sait pas et quand Femme ne sait pas, elle pleure. Et quand Femme pleure, elle fait la petite évasion. Celle qui suffit pour vivre encore une semaine avec la planche collée sous le bras.

La petite évasion, c’est souvent le samedi soir.

Samedi soir : jour de la petite évasion.

Pas de jour pour la grande. Pas de jour précis. On ne précise pas pour la grande.

Femme devrait se mettre une date butoir. La date où elle irait jeter sa planche dans la forêt avec toutes les autres planches.

C’est prévu, pense-t-elle.

 

 

 

Extrait de « BOIS, PUTES, OISEAUX » à sortir en mars 2013 aux Editions Gros Textes

09/07/2012

la marche

J’ai marché. Je suis allée loin. J’avais la tête bien. Bien tranquille. Les feuillages parfois m’effleuraient et l’odeur des feuillages restait sur moi. Mes jambes étaient longues. Elles s’allongeaient pour m’aider à marcher. Je ne leur avais rien demandées. Un chemin et voilà, rien de plus. Hop, j’ai pris le chemin. Longtemps, j’ai pris le chemin. Les chemins ne s’arrêtent jamais. Il y a toujours un autre chemin pour continuer le chemin qu’on a pris. Alors, c’est sans fin. Si tu veux marcher, il n’y a pas de fin. C’est un gouffre de marche, un gouffre de temps. Toute la vie ne suffit pas pour marcher sur tous les chemins. Le temps va manquer. On s’habitue à cette idée. Les feuillages font oublier le temps. Ils se frottent et j’accepte sans ciller leur caresse, leur odeur. Même si je suis griffée, la marque disparaîtra. La marque du feuillage est provisoire. Elle est là pour dire qu’on a croisé le feuillage, qu’il y a eu un contact à un moment donné. J’ai marché par curiosité. Pour savoir où ma curiosité s’arrêterait. Dans les collines, elle était toujours là. Les collines n’ont pas stoppé la marche. Je suis restée curieuse dans les collines. Elles étaient l’environnement. Et je n’ai pas cessé d’avancer dans l’environnement. Sans pause. Je n’étais pas là pour évaluer le chemin parcouru. Pas de comptabilité dans les collines. Les jambes s’allongeaient de plus en plus. Il n’y avait pas d’endroit mieux qu’un autre. Tous se valaient. Je ne voulais pas avoir de préférence. Je ne voulais pas voir la mer. Ça ne me faisait rien que ça change. L’importance était dans la marche. Le chemin répondait à mes pas. Cailloux. Pas cailloux. Herbe. Goudron. Avec les oiseaux qui ne me quittaient pas des yeux. Je n’ai pas regardé en l’air mais je sais comment se comporte un oiseau. Il ne vole pas pour rien. Il observe en permanence. Il apprend à nous connaître. Il s’étonne de nous, s’offusque de nous, il ne nous quitte pas des yeux. Lui aussi va manquer de temps pour tout savoir sur nous. Il n’est pas très rapide pour la compréhension de l’homme. Il met son énergie dans le vol et ça le pénalise pour la réflexion. Le chemin, les oiseaux, la tête tranquille, j’arrivais à souffler régulièrement. Prendre le temps de l’inspire et tout sortir, tout cracher sur le chemin, en laissant des flaques derrière moi. Des micro flaques acides. Non, je ne me suis pas échappée, ce n’est pas vrai. Je n’ai pas fait ça. J’ai attrapé le chemin qui venait, hop, et j’ai marché en essayant de prolonger le chemin. Le prolongement le plus long, sans rien attendre de lui, faire qu’il y ait du plaisir sans attente, du plaisir prolongé, par lui-même, pour lui-même dans les collines qui s’étendent à perte de vue.

18/05/2012

mégaphone !

Prise dans l'Armée noire, il n'a pas fallu se dégonfler...

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Les mots

Il faut racler la gorge avant d’y aller. Tu te présentes raclé. Tu racles en poussant avec le souffle. Tu essayes de le faire quand il y a du bruit autour pour éviter d’irriter ceux qui n’aiment pas les raclements. Tu te rapproches plutôt de ceux qui les aiment. Quand tu t’es bien raclé, que t’as mal au fond tellement t’as plus rien, nu de la gorge en feu, tu te présentes. Personne ne saura toutes les palpitations que tu as à l’intérieur, les palpitations d’être nu raclé à fond parce que personne ne se racle aussi bien que toi.

Raclé tu prononces bien, tu le sais que c’est beau ce que tu dis, que ce sont les bonnes choses, les choses exactes, celles qu’on ne dit pas tous les jours, c’est pas du tout venant ce que tu dis là. Alors les couleurs viennent dans les yeux des gens qui t’écoutent et même dans les yeux de ceux qui ne t’écoutent pas. Y’a de l’attention après un tel raclement, parce qu’on voit bien que tu es venu sans déchets, que tu as pris soin de te présenter bien raclé nu à fond, et ça les mets par terre que t’envoies la sauce, la pure sauce, la pure purée. Tout le monde prend ton état de transparence en pleine figure. Ta raclure est tellement visible. Une belle raclure qui s’offre. Et quand tu t’es offert tout entier, avec la plus grande limpidité qu’il soit, t’as plus qu’à t’accrocher à toi même, à t’agripper à ton toi, t’y clouer et attendre que les premières pierres soient jetées. Attendre le renversement, la bascule des couleurs, avec le sifflement des plaintes, les trompes du mécontentement, la grande cabriole qui te tombe dessus. Parce qu’ils n’en veulent pas de ta présence limpide à les provoquer. Ça leur crève les oreilles tout ce que tu dis de si prêt du but, en avançant dans leurs ventres pas préparés du tout. L’organigramme n’est pas prédisposé à se faire rentrer dedans de la sorte avec la justesse que tu as. Ça ne leur plait pas, en fait. L’image oui mais pas les mots. Les mots c’est trop.